ambiance de nuit … 

Après 4 jours et 3 nuits de nav corsée, on arrive dans la rade de Kingston le 2 mars en fin de journée, les douanes nous demandent de nous amarrer près de leur bâtiment pour faire les formalités le lendemain matin. On est à Port Royal, ancien haut lieu de commerce et surtout de piraterie. Les restes d’un fort sont encore visibles, et sous l’eau (pour ceux qui plongent) on peut se balader dans les ruines de Port Royal, immergées depuis les 2 violents tremblements de terre, au 18ème et au début des années 1900.

De loin, on observe les pêcheurs qui vont qui viennent à leur ponton, et puis la vie se calme petit à petit. A terre, des clichés qui nous renvoie à l’archétype du rastaman, cooool et super nonchalant .. allure dégingandée, vieux short de sport et débardeur, un paquet de dreds sur la tête, chapeauté d’un bonnet à la jamaïcaine, yeah man, comme dans les films !

Formalités au matin tôt, on comprend pas tout, le créole jamaïcain -le patwa- est un doux mélange d’anglais colonial et de langages aux origines africaines. C’est pas du mauvais anglais, c’est une langue créole à part entière. Quand on comprend pas, ils font l’effort de parler en anglais. Sympas, courtois, accueillants, formalités faciles et rapides.

On va poser l’ancre devant le Yacht Club qui a un atout majeur : une piscine !! L’eau de la rade est gorgée de détritus qui vont et viennent au gré des courants, elle ne donne pas du tout envie de mettre un pied dedans.

Et puis on descend à terre, on prend un taxi et on commence à explorer … Whouah, la baffe. Bienvenue sur la Terre petite Mélanie, bienvenue hors de ta zone de confort, hors de ton référentiel, hors de tes habitudes … attention, je n’ai aucune intention de juger critiquer raciser ou quoi que ce soit dans mes propos. J’observe je note je commente sans échelle sans comparatif.

C’est la première fois qu’on arrive en bateau dans un lieu avec si peu de mixité, de mélanges humains, de métis en tout genres. On est les seuls blancs. Les autres sont « tout noir ». Jusqu’à ce qu’on aille se balader du côté de Port Royal, au bout de la péninsule, ou dans les environs du marché « au frais », qu’on se perde dans les dédales de « down town Kinston » je ne me sentais pas blanche. Je me suis sentie touriste (mais pas blanche) au musée de Bob Marley, dans les voitures des chauffeurs Uber, dans la piscine de la marina, mais pas blanche. Mais dès qu’on sort des sentiers battus et qu’on essaie d’aller voir à quoi ressemble « la vraie vie » des Jamaïcains, là c’est une grosse claque dans la figure.

Au fil des quelques jours passés en Jamaïque, on n’a ressenti aucune agressivité, mais tout le monde nous dit « fais gaffe à ta sécurité » « planque ton téléphone quand tu te balades, ne le laisse pas autour de ton cou » « demande au taxi de t’attendre pour te ramener » …donc … on fait attention. On reçoit quelques sourires, et on perçoit surtout de l’indifférence à notre égard, on nous aborde de temps à autre pour « payer le breakfast ». Les chauffeurs de taxi partagent avec plaisir tout ce qu’ils peuvent/veulent raconter, chouette moyen de découvrir le pays, les gens, les habitudes.

Les beats et les pulsations des basses sont présents dans l’air et dans nos oreilles, un peu partout un peu tout le temps. Les klaxons aussi, pousse-toi de là, vas-y démarre, mais un peu moins qu’à Cartagena où chaque véhicule te klaxonnait pour te proposer un lift. Ici, ils s’adressent aux autres véhicules. Les baffles de toutes tailles et caissons-basses déversent leur musique et leur rythme entraînant, et c’est pas rare de voir quelqu’un chanter à tue-tête en pleine rue.

On a tenté d’aller au marché local. C’est toujours une chouette manière d’aborder la vie des gens du coin, de découvrir ce qu’ils mangent, ce qu’ils commercialisent, leur mode de vie. On l’a localisé sur les cartes digitales : vu du ciel, on le repère facilement par ses grands toits gris-blanc. Tout autour, se dessinent des rues comme des tentacules bleus, des méandres turquoise. Tiens ? pourquoi ? Sur place on comprend vite : il est inatteignable en voiture, toutes les routes, rues et ruelles sont remplies de bâches bleues qui protègent les chariots des marchands du soleil. Impossible de pénétrer dans ce dédale, hormis par la rue principale. Et on se sent tout petits tous les deux, presque craintifs, surtout un ressenti de voyeurisme, on ne se sent pas à notre place. Ici tu trouves tout, chaque magasin ressemble à une caverne d’Alibaba, tous les âges sont dans la rue, tous les commerces y sont possibles, toute la ville semble être là tellement il y a du monde, partout, partout. Habillés de jeans à peine ceinturés qui tombent au milieu des fesses, shorts desquels sortent des jambes de tous les bruns possibles, collants, t-shirts ou sweat, robes moulantes quelques soient les rondeurs voire combinaisons moulantes qui donnent l’impression qu’elles se promènent nues, sacs en plastique à la main, casquette casquette casquette pour se protéger du soleil, les jamaïcains circulent à pied et un peu en voiture, les marchands poussent leur chariot à deux ou quatre roues, avec ou sans volant, se faufilent dans les petites rues et prennent la même place que les voitures sur la route, s’immiscent dans le trafic à leur vitesse à eux (à pied !) au milieu des bus des voitures et des camions qui klaxonnent encore et encore.

Loin du marché, chacun fait son petit commerce et apporte « à la porte » des habitants de quoi confectionner ou épicer le repas du quotidien. Dans leurs petits chariots, ils vendent des fruits et des légumes locaux, du pain à burger, des cannettes de soda, des petits gadgets pour faire plaisir aux enfants, plein de produits qui servent à consommation journalière. Les Jamaïcains n’ont globalement pas les moyens d’aller dans les supermarchés, les fruits & légumes y sont trois fois plus cher que dans la rue.

Premier supermarché, presque pas de fruits et de légumes, les quelques importés sont vendus quasi à l’unité sous emballage plastique. Les produits frais locaux sont peu nombreux. Notre chauffeur nous explique en fait que le « jardin » de Jamaïque au niveau des cultures a été décimé par Melissa, petit ouragan de catégorie 5 !!! qui a ravagé la partie ouest de l’île fin 2025. Les vents ont été mesurés jusqu’à 305 km/h …. Les cultures repartent, mais pour certains produits il faudra attendre 2 ou 3 ans.
Des viandes congelées, avec beaucoup d’os, des poissons congelés du Vietnam, des crevettes congelées elles-aussi avec plein de glace autour d’elles (miam le respect de la chaîne du froid), des pains mous comme des burgers, des pattes de poulet, des produits « Swiss » comme du chocolat chaud aux mashmallows, des épices, des biscuits sucrés très sucrés, des biscuits salés sucrés, des sodas en veux-tu en voilà … et de la bonne farine jamaïcaine, blanche et bise, qu’ils exportent facilement.

Kingston est aux Jamaïcains, les villes du nord sont plus touristiques. Le business est à Kingston, les industries sont là aussi (ciment, farine, produits liés à la construction, …), les écoles de niveau supérieur, les organismes nationaux … ; il parait que la vie y est chère, les maisons sont petites et chacune sur sa parcelle, on n’a pas vraiment l’impression « d’entrer en ville » avant d’être dans le centre, qui n’a d’ailleurs rien d’un centre-ville, hormis que c’est là qu’il y a le plus de monde dans la rue le jour où on s’y balade.

  

C’est pas une ville touristique, hormis deux de ses attractions principales : la demeure du premier jamaïcain millionnaire (il a fait fortune dans l’or en Amérique du Sud et dans l’immobilier) et le musée dédié au grand Bob, Robert Nesta Marley de son nom complet, né en 1945 et décédé en 1981. Son musée érigé dans la maison qu’il a acquise lorsqu’il a eu les moyens d’acheter une propriété « au milieu des ghettos riches » pour y instiller la culture rastafari et y installer son QG, studio d’enregistrement, résidence familiale, lieu d’accueil de sa communauté musicale etc …

Aux murs de son musée : des photos de lui avec des tas de personnalités dans des pays très différents, pas mal en Afrique, des disques d’or et autres récompenses, des murs entiers dédiés à son officielle de femme (puisque le brave Bob a reconnu 11 enfants avec 7 nanas …) qui a eu plein de rôles différents en plus de son rôle d’épouse, elle était choriste dans leur groupe, gestionnaire de la maison et de « l’empire Marley ». Des fresques à son effigie par différents artistes, et puis dans l’arrière-cour, la boutique Marley : t-shirts, bonnets, mugs, affiches, et autres objets, et derrière la porte au fond à droite : toutes sortes de cônes, de pets en tout genre, de fleurs à consommer sous toutes leurs formes, chaque plante portant son petit nom : Ragga, Natural Mystic, Kaya, Uprising, Nice Time, Legend … et ses effets : faire rire, planer, améliorer la créativité, … mais, mais, mais ! « tout est déjà en toi, la ganja ne fait que le révéler et l’amplifier ! »

 

Un soir on part en ville pour un concert, on débarque au « 22 Jerk », grande salle de restauration avec une scène, un long bar, le tout abrité sous un grand toit en rôle, les murs montés jusqu’à mi-hauteur et au-dessus c’est ouvert, habillé de planches de bois, de grillage, de rubans colorés, … on vient pas là pour manger, on vient pour la musique (le menu ? pas top : jerk chicken ou jerk ribbs). Début de concert avec un groupe assez jazzy avec tendance reagge, 4-5 musiciens, un chanteur guitariste, et puis au fond de la scène, assis sur un muret, toute une bande de jeunes et de moins jeunes qui les écoute attentivement. Fin de la première partie, et puis pour la seconde, tour à tour les musiciens cèdent leur place à d’autres musiciens, à des jeunes dont c’est la première scène, à des instruments variés, ça circule, ça co-construit, ça fume aussi, ça co-fume et ça plane au son entraînant des jembés, de la basse, des percu, des cloches et du clavier. Top chouette !

On est allé visiter un peu le nord de l’île, pour voir à quoi ressemble les côtes touristiques où parait-il les plages sont magnifiques et la vie belle et douce … on a passé 2 nuits à Ocho Rios, sans charme particulier. L’intérieur des terres est très vert, cultivé par endroit, éventré à d’autres par les mines de bauxite rouge, et ce qui est très particulier, c’est le relief : ce ne sont pas des collines ni des montagnes, le relief n’est pas très élevé, et il est très accidenté … c’est comme une succession de petits mornes, des mini pains de sucre verdoyants, collines à forte pente séparées par des petites et plus grandes rivières. Super joli. La ligne de crête ressemble à une longue ligne en dents de scie adoucies. Les villages dans les terres se résument à quelques maisons au bord de la route, plutôt en mauvais état, avec -semble-t-il- tout ce qu’il faut autour des terrains pour cultiver ce qu’on y mange.

 

C’était une chouette étape, intéressante à découvrir, et imprévue sur notre route. Un bon stop entre la Colombie et le sud-est des Bahamas. On reprend la mer avec les frigos plutôt pleins (on se dira en arrivant aux Bahamas qu’on aurait dû remplir encore plus…) pour 2-3 jours de mer. On va s’enfiler entre Cuba et Haïti, zone pas trop sécure, mais on n’a pas le choix. Notre seule liberté sur le coup : décider quand on part, avec quels vents et quel genre de mer prévue .. On choisit un vent modéré pour commencer, on va aller se coller aux côtes haïtiennes plutôt que du côté cubain pour profiter des courants et d’un meilleur angle au vent avant d’être à nouveau exposés à une mer remuante.

Cette fois pas de petits plats tout prêts, chacun mange c’qui lui plait et s’le fait, c’est plus simple ! On croise les doigts, de toute façon ça peut pas être pire que la dernière nav entre Cartagena et Kingston. Allez, bonne route ! On vous bise !

4 comments

  1. Merci les amis, ça fait bien plaisir de voyager avec vous !
    Continuez comme ça, courage et bon vent !

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