Troisième épisode : ROAD 66 et NAPA VALLEY

Dim. 10 nov. – Lun. 11 nov

ON THE ROAD AGAIN

L’heure du retour par la mythique Road 66

On dort à Williams, petite bourgade traversée par une rue principale où les néons rouges et lumineux affichent des 66 dans toutes ses déclinaisons : bar, coffee corner, gift shop, local craft, western, motel, chaque enseigne intègre le 66 dans son image. Normal, on est sur la route 66 historique ! A la gloire d’Elvis, des cowboys et des bikers.

C’est impressionnant de constater le nombre de touristes qui transitent par ce bled. Ils viennent d’où ? ils vont où ? Grand Canyon est une réponse, j’imagine qu’il y a en a d’autres …

Cette mini-ville se trouve collée à la voie ferrée, où passent régulièrement ces immenses convois de wagons marchandises qui traversent ces étendues désertiques, vastes comme des continents. 5 à 7 locomotives sont nécessaires pour déplacer ces centaines de mètres de tôle et d’acier roulant, qui avancent quand-même à une vitesse très modeste. Et chaque fois qu’ils arrivent près de la ville, ils s’annoncent longuement, puissamment, de longs coups de sifflet.

Et puis entre le train et la colline, il y a deux rues qui traversent Williams, et qui enserrent les motels qui s’alignent les uns après les autres. Comme dans les films : bâtiments sur un niveau, en fer à cheval, chaque client peut parquer sa voiture devant sa porte, boire sa bière assis sur le banc sous sa fenêtre. Confort minimal et tout à fait ok pour une nuit, c’est un drôle d’environnement. D’ailleurs c’est marrant de se parquer “cul à la porte”, pas besoin de sortir le sac ni la trousse de toilette de la voiture, on a qu’à tendre le bras …

On prend la Road 66 pour repartir en direction de San Francisco, on a pas loin de 1’000 km à parcourir dans des étendues désertiques, et l’étape du jour nous emmène à Bagdad Café.


On passe la journée à rouler dans « rien », on arrive dans « rien » où on trouve au bord de la route ce vieux bistrot au toit triangulaire, façade de bois rougie, cactus poussiéreux aux pieds des deux vieilles caravanes en métal gris, le décor du film (tourné en 1987) n’a pas bougé d’un iota. Les mêmes buissons du bush volent au travers de la route avec le vent, il ne manque que le grincement d’une girouette ou le flapflap d’une éolienne. Personne à l’horizon, le désert partout autour de nous.

On pousse la porte sur laquelle le néon OPEN clignotte, et on entre dans un musée dédié au célèbre film, « I aaaaaaaaaaaaam caaaaaaaaaaaallliiiiiiiing yououououou » qui résonne dans la pièce principale, le livre d’or ouvert sur le comptoir, et une vieille dame à cheveux rose qui m’accueille avec un « Hello Sweet Honey, come in, come in, it’s a pleasure to see you here ! ». C’est un musée totalement dédié au film, rien a bougé, le même décor, la même poussière, avec quelques goodies à vendre en plus, puisqu’en haute saison, 6 à 8 cars pleins de touristes s’arrêtent chaque jour ici !!

Finalement cette Road 66 se transforme en autoroute de plus en plus fréquentée, on fait un stop dans un bled où le centre-ville est un concentré d’enseignes de restos mal-bouffe et de stations-service ; on décide de tailler la route rapidement et de rentrer à SF directement, on préfère garder nos belles images en tête plutôt que de les abîmer en traînant dans cette Amérique profonde catastrophique.
Agriculture intensive dans une région aride, un vrai non-sens, élevages bovins plus qu’intensifs, on comprend la cause des végétaliens, industrie électrique à haute tension, déserts poussiéreux, tempête de sable sur l’autoroute, ambiance fin de monde, vite, vite, replongeons dans nos belles images accumulées et beaux souvenirs gravés sur nos rétines.

Mar 12 nov.

ON THE BOAT AGAIN

Et alors, on en pense quoi ?

De retour sur le bateau, de retour dans un coin de Californie où la vie semble facile, en tout cas plus facile et accessible pour ceux qui ont les moyens de se loger ici, d’acheter à manger ici, de vivre en ville, on « regarde en arrière », on se pose quelques questions et on répond à quelques unes.

Fréquentation des 25 Parcs Nationaux les plus visités :

    1. Blue Ridge Parkway: 15.9 million
    2. Great Smoky Mountains National Park: 14.1 million
    3. Golden Gate National Recreation Area: 13.7 million
    4. Gateway National Recreation Area: 9.1 million
    5. Lake Mead National Recreation Area: 7.6 million
    6. George Washington Memorial Parkway: 6.8 million
    7. Natchez Trace Parkway: 6.4 million
    8. Lincoln Memorial: 5.8 million
    9. Gulf Islands National Seashore: 5.5 million
    10. Zion National Park: 5 million
    11. Chesapeake and Ohio Canal National Historical Park: 5 million
    12. Yellowstone National Park: 4.9 million
    13. Grand Canyon National Park: 4.5 million
    14. Rocky Mountain National Park: 4.4 million
    15. Delaware Water Gap National Recreation Area: 4.3 million
    16. Acadia National Park: 4 million
    17. Cape Cod National Seashore: 4 million
    18. Grand Teton National Park: 3.9 million
    19. World War II Memorial: 3.7 million
    20. Vietnam Veterans Memorial: 3.6 million
    21. Yosemite National Park: 3.3 million
    22. Chattahoochee River National Recreation Area: 3.3 million
    23. Cape Hatteras National Seashore: 3.2 million
    24. Indiana Dunes National Park: 3.2 million
    25. Glen Canyon National Recreation Area: 3.1 million

Quelles différences notoires entre les types de canyons ? voilà ce qu’on a observé :

Des Bad lands à Death Valley, terres ravinées par les éléments naturels, qui se déclinent en fractales du haut jusqu’en bas. Structurées horizontalement par des roches de couleurs variées selon leur teneur en minéraux et minerais.

Des Hoodoos à Bryce, cheminées de fées, grandes colonnes naturelles faites de roches variées assez friables, chapeautées par un bloc rocheux plus large, qui résiste lui beaucoup mieux au travail de l’érosion.

Mesas, buttes et spires à Monument Valley, grands plateaux rocheux aux pieds d’argile, posés de manière très géométriques dans le désert, formant une ligne d’horizon quasi orthonormée.

Zion Canyon : on aborde la géologie du lieu de bas en haut, et on découvre le canyon en marchant au fond de sa vallée.

Bryce Canyon et Grand Canyon : on découvre ces deux parcs de canyons par le haut, et notre regard plonge dans les méandes, bad lands et succession de plans rocheux jusqu’au bas de leurs vallées, où coule parfois une rivière.

Death Valley et Monument Valley : on roule dedans, c’est immense, partout ailleurs on est à pied.

Entre deux parcs nationaux, on se balade dans des plaines assez désertiques, l’Amérique profonde, peuplée de beaucoup de personnes issues de l’immigration qui parlent un anglais très hispanisé, où visiblement l’accès à l’éducation semble limité.

Dans ces étendues infinies se concentrent pas mal d’horreurs :
Agriculture intensive, surtout en mono-culture, au milieu de plaines arides. Des arbres fruitiers, des céréales, des champs verts, des arbres encore, un peu de vigne, sur des kilomètres et des kilomètres et des kilomètres … Comment ça se passe au niveau de la gestion de l’eau ? de la chimie ?
– Hectares dédiés à l’élevage intensif bovin … sur des surfaces immmmmmmenses, à perte de vue, des cheptels de vaches promises à l’abattoir, qui errent dans la poussière, sans un brin d’herbe ni de paille, avec quelques rares abris contre le soleil, ça pue lourd, et je n’ose pas imaginer non plus l’état des sols sous tous ces sabots malheureux.
– Seuls lieux de rencontre pour les gens qui vivent ici : les stations-services où tu trouves de tout et surtout de la malbouffe prête à être consommée sur place, ou emportée dans ses nombreux emballages.
– Aucun lieu de culture, cinéma, musée, aucun vivre ensemble, aucune ville aucun centre-ville aucun urbanisme aucune architecture … chacun est rivé à son téléphone avec un mug à la main en permanence, café filtre ou soda, en short et en claquettes, casquette vissée sur la tête, tour de taille très arrondi, les américains d’ici ne marchent pas.

Dans les villes, quand on en croise, on en fait un tour en voiture, à la recherche de quelque chose à voir, d’un centre, d’un intérêt, d’une curiosité … les « cœurs de villes » se ressemblent tous : les enseignes et les néons affichent toutes les franchises de fast-food, le nom de toutes les compagnies pétrolières qui vendent leur essence et leur diesel fixant les prix librement, un ou deux supermarchés ouverts de 6h à 24h tous les jours, … des drive-in et des drive-through, bref, on préfère vraiment les parcs nationaux dans la nature. C’est sûr que Los Angeles ou San Francisco (qu’on n’as pas encore visité) doivent être bien plus intéressantes, mais globalement, c’est pas l’extase la ville par ici …

Ne pas oublier ne pas oublier ne pas oublier toutes les merveilles qu’on a découvertes dans la nature, loin de tout, ne pas oublier ces images magnifiques gravées dans nos rétines … Magnifique Road Trip !!!

Et puis retour sur le bateau … ce qui veut dire retour aux problématiques du bord, et en ce moment, le sujet principal c’est la possibilité de passer des batteries AGM aux batteries Lithium, qui permettent d’avoir de l’énergie en veux-tu en voilà, on profite donc de rencontrer quelques professionnels.

 

Jeu 14 nov. – Ven 15 nov.

NAPA VALLEY

Plongée dans les vins

On repart avec notre titine sous la pluie cette fois, on arrive à trouver une accalmie pour prendre la route, les nuages nous accompagnent. Direction Napa Valley. On part au petit bonheur la chance, pas de destination précise, ni de dégustations prévues ni réservées.

On traverse San Francisco dans toute sa longueur, pour aller traverser la baie et rejoindre la rive nord par le Golden Gate Bridge. Cette fois, on va rouler sur son tapis, le voir à hauteur d’homme, puisqu’on a déjà pu voir ses dessous. Il est passablement encombré, traversé par les voitures, camions, vélos et piétons aussi. Ceux qui viennent le voir spécialement, et ceux qui ne le regardent plus. Les remous des courants attirent nos yeux sur le bleu étendu tout autour de nous, en dessous, puisqu’à notre hauteur l’horizon est rouge-orange.

   

On quitte le pont, et on s’enfonce dans la baie de SF ; terre et eau sont intimement imbriquées, l’étendue de la baie est immense. L’autoroute nous donne le sentiment de surfer sur les collines, autour des collines, comme si on avançait à pas de géants dans ce paysage tout doux.

Jusqu’à l’entrée de Napa Valley, on roule au milieu de collines pelées comme des peaux de chameaux, buissons verts qui leur courent sur le dos, eucalyptus, peupliers, palmiers, chênes, ifs, la nature est automnale jaune dorée rousse avec quelques touches de vert, c’est un régal pour nos yeux habitués au bleu !

La vallée se présente à nous : large de 5 miles, profonde de 35 miles, une chaîne de collines sapineuses à son ouest, une chaîne de collines plutôt désertiques à son est. Entre les deux, une plaine plate au long de laquelle s’enchaînent les quelques petites villes et gros villages. Napa, Yountville, Oakville, Rutherford, Zinfandel, Santa Helena et Calistoga tout au fond. 45 minutes de voiture entre la première et la dernière. Pas un grand territoire, donc.

Les domaines s’alignent, chacun bien retranché derrière ses barrières et ses grands portails dorés, on sent qu’ici la terre c’est money money. Les uns offrent séjour avec spa inclus, les autres un tour du domaine en véhicule tout confort, et tous proposent des dégustations. On découvrira que quasi partout, il faut réserver ton heure pour venir sur le domaine. Et la moindre dégustation te coûte 50 dollars.

Le raisin est cultivé sur le plat, sur toute la largeur de cette vallée peu encaissée, pas de vignobles en hauteur. Des ventilateurs, brasseurs d’air, espèces de moulins à vent à deux palles sont disséminés dans les vignobles, pour évacuer les bulles d’air trop froid ou trop humide, selon les épisodes météo.

La hauteur des vignes me semble plus basse que dans les vignobles suisses. La moitié de sa hauteur est composée de son pied, et l’autre moitié sont les feuilles. Les branches ne sont pas toujours ordonnées le long de fils de fer, par endroits on dirait des bouquets explosifs. Les feuillages sont encore à peine verts, beaucoup de vignes sont d’un beau jaune doré, plus ou moins feuillues, et d’autres ont un beau rouge brique. Le Cabernet Sauvignon est le cépage principal, on trouve aussi du chardonnay, du sauvignon blanc, du syrah, pinot noir, et du grenache. En autres.

Ce qui nous interpelle par contre, c’est de découvrir le nombre de Wineries établies à Napa Valley … plus de 850 « fabriques à vin », voire 1’200 selon les sources. Mais alors ? comment font-ils pour produire autant de vin sur une si petite surface, puisque seuls 1’300 km2 de terre sont cultivés pour faire pousser du raisin … ??? eh b’en c’est là qu’on apprend que la majorité des fabricants de vins de Napa Valley le font en achetant des grappes de raisin partout ailleurs en Californie ! Ils se « contentent » de presser le raisin, mais ne le font pas pousser. Ca n’enlève rien à la qualité de leur travail, de leurs produits, mais c’est un business model qu’on ne soupçonnait pas.

Du coup, à nos yeux, les vins de Napa Valley perdent de leur « prestige » puisque pour nous le vin ne peut pas être séparé du raisin, le travail du vigneron et celui de l’œnologue sont intimement liés.

La petite (!) Winery qu’on visite (structure créée en 1996) produit l’équivalent de 200’000 bouteilles par an, 29 crus différents, et emploie une équipe de 8 personnes. La personne qui nous reçoit nous explique clairement que ce qui incite les entreprises à s’installer ici c’est de profiter de la réputation de la vallée, surfer sur la vague « show  off » puisqu’une minime partie du vin produit ici est issu d’un raisin qui a grandi ici … ce n’est donc pas pour la qualité du vignoble …

 

2 comments

  1. Merci Mélanie,
    C’est passionnant et bien écrit.
    Malgré tes belles descriptions des parcs nationaux, je n’ai toujours pas envie d’aller aux États-Unis. Même si, je sais, il y a des exceptions. Dans le désordre : agriculture et élevage intensifs, aucun centre ville riche d’histoire, peu de lieux de rencontres et d’échanges etc…
    L’Alaska donne envie.
    J’ai découvert en novembre et décembre derniers. avec mon voilier “Goéland argenté” et un équipage de 4 hommes, les canaux nord chiliens de la Patagonie. La nature à l’état brut. Des rencontres rares- avec des pêcheurs notamment-mais de qualité.
    Voir page FB ” Voilier Goéland argenté : nos carnets de bord”.
    Encore bravo pour vos chevauchées sur la mer jolie avec Myriades et bravo pour savoir si bien les raconter.
    Laurence de Susanne ( amie de Laurent Wulser)
    +33634080351

    1. Coucou Laurence,
      Si la Patagonie t’a séduite, alors monte en Alaska … tu t’y régaleras, et la navigation y est plus facile que dans le grand Sud … On y laisserait bien le bateau pour venir s’y balader régulièrement, c’est si beau, si vaste, si sauvage encore, et tellement varié, riche et surprenant … on a adoré !!

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