Samedi 29, départ en fin de matinée avec des mangues fraîches, des pamplemousses, des avocats, un ananas, bonheur, on va pouvoir goûter à des produits ensoleillés locaux. Juste une frustration aujourd’hui : ne pas pouvoir aller voir le marché artisanal qui a lieu cet aprèm. A la place, au menu : lecture des guides touristiques pour préparer les prochaines étapes. On part au moteur, quasi pas de vents annoncés, on espère quand-même quelques thermiques pour nous accompagner en début et fin de journée, sinon le Volvo risque de chauffer …

On était venu à La Cruz pour changer nos panneaux solaires, mais les délais de livraison n’ont pas été tenus. Donc travaux annulés, mais du coup, on en a profité pour changer la pompe du générateur, les joints des frigos, et trouver le court-circuit qui empêchait le propulseur d’étrave de fonctionner … ce qui d’ailleurs ne m’avait pas empêché de faire une magnifique manœuvre de port  à notre arrivée.

Direction maintenant Acapulco, à quelques 380 milles d’ici, pas de vent annoncé, on espère quelques thermiques en début et fin de journée, on souhaite aucun pêcheur ni long-liners, la lune croît et nous éclairera bien, le ciel est dégagé donc les étoiles nous tiendront compagnie, on a du pain frais de la salade des mangues et des pamplemousses, des œufs du fromage et des plats à réchauffer, on est parés !

 

30 novembre en mer

Coucher de soleil dans la brume,
Moiteur ambiante un peu rude,
Quarts de jours et de nuits se succèdent,
Lecture possible pour une fois, j’apprécie 🙏🏻
160 milles parcourus en 24h, comme hier

La lune cette nuit m’a bien tenu compagnie, de même que les étoiles … j’ai vu la Voie Lactée se déplacer au-dessus de nos têtes, rêvant les yeux ouverts, mes podcasts Les Lueurs dans les oreilles, les yeux posés sur l’eau où le plancton s’illuminait au contact des dauphins et autres poissons qui nageaient autour du bateau … magique.
Des étoiles de l’air et des étoiles de mer.

Mais sans vent …

 

 

1er décembre en mer

Pas de vent pas de vent pas de vent …
7 heures de voile depuis le début de cette étape …

Pas de vent ?

Bon alors profitons pour faire trempette et quelques brassés au cul du bateau par … 3000 mètres de fond …
L’eau est à 29.8 degrés, autant dire que j’y entre sans problème. Mais je n’y reste pas longtemps, jamais sereine si loin de tout.

Au moment de remettre le moteur en route, on voit une ligne avec des hameçons flotter juste à côté de nous !!  arghhh !
Hervé part à l’eau et va décrocher l’hameçon pris dans la dérive, ouffff !

Une heure plus tard, je vois un petit bidon blanc flotter sur l’eau, j’observe, et tout à coup le petit bidon commence à se déplacer, et avancer dans le même sens que nous … j’arrête le moteur, et là on voit une ligne pleine d’hameçons émerger de l’eau, se tendre à la surface, prise à l’avant de notre étrave … re-arghhh … coup de gaffe, coup de couteau, et nous voilà à nouveau en route.

Sinon, rien ni personne. Hormis quelques petits bateaux de 300m de long, quelques dauphins et papillons. Si si, des papillons.

 

2 décembre entre mer et terre

Ca y est, après exactement 72 heures de nav intense … intense pour le moteur, oui … nous voilà arrivés à Acapulco ! 60 heures de moteur … 260 litres de gazole …

Navigationronron, un long quart de nuit chacun chaque nuit, mer douce, chaleur quand tu nous tiens tu nous lâches plus, 34 degrés dans le bateau quand-même, les journées sont monotones, et … on est bien contents de se poser pour 2 nuits dans la baie d’Acapulco au calme. Enfin, un autre calme parce qu’on est au centre-ville !

         

A l’heure où j’écris ce petit message, je comprends bien pourquoi cette baie s’appelle aussi je crois la Baie des Diamants : je regarde autour de moi, à 360 degrés, et partout partout partout luisent des milliers de petites lumières, comme autant de diamants parant le pourtour du plan d’eau. C’est splendide de nuit.

Alors, Acapulco ça ressemble à quoi ?
Je demande à Hervé de me donner 5 qualificatifs, les voilà, bruts de décoffrage : blessée, polluée, joyeuse, bruyante, dépassée.

J’y rajoute fascinante, débordante de vie, elle interpelle autant que les bus klaxonnent, épuisante, colorée, une fourmilière qui vit dans tous les anachronismes possibles.

C’est une ville qui a eu sa période faste dans les années 60, parait-il une magnifique station balnéaire avec une immense baie bordée de plages de sable blond, un climat tropical, une eau plutôt propre. Les tours-hôtels y ont poussé comme de la mauvaise herbe, tours de vitres pour laisser le plaisir de la vue à tous les étages, tours qui se parent de mille étoiles quand le soleil descend.

Au pied des tours et dans tout le reste de la baie, des petites maisons, petites baraques, petits immeubles de quelques étages, plus ou moins stylés (fenêtres arquées, toits de tuile, murs blancs, ou juste du parpaing monté tout droit jusqu’au toit sans toit), pas mal de végétation, il faut bien loger le million d’habitants qui vit par ici …

La ville a été victime du cyclone OTIS en 2023. On en voit encore énormément de séquelles aujourd’hui : immeubles à moitié éventrés, structures complètement démolies et laissées sur place en l’état, plein de tours-hôtels borgnes, aveugles, vidées par le souffle du vent qui a fait voler les fenêtres en éclat, toits arrachés, constructions anéanties. Donc blessée. Anachronisme des ruines et des constructions récentes.

Polluée … les voitures et les bus qui roulent par ici n’ont pas d’âge. Sur les grandes avenues, un nombre incroyable d’agents d’entretien en train de balayer, prendre soin des platebandes végétales, et dès qu’on s’enfile dans les petites rues, des détritus partout. Pollution sonore aussi, tellement il y a de monde et de circulation. Visuelle aussi, par la masse d’informations qui saute à nos yeux à chaque seconde.

Joyeuse, colorée, foisonnante de vie, de la musique partout, des enseignes dans tous les tons, des petits commerces qui laissent imaginer qu’ici tu ne peux t’en sortir que par tes propres moyens, des sourires accueillants, des bus -ah ces bus !!- qui roulent à fond de train, sono poussée à bloc avec les caisses de basses qui s’entendent d’un bout à l’autre de la rue, et qui s’annoncent en klaxonnant 200m avant l’arrêt pour dire « j’arrive, pointez-vous et sautez vite dans le bahut, je m’arrête à peine »

Bruyante, tant tout le monde parle fort, par-dessus le bruit ambiant, la musique, le débordement incessant de la vie.

Dépassée … tant les produits que les moyens sont à l’image d’un morceau de pays où le pouvoir d’achat ne doit pas être très élevé, salaire moyen mensuel à Acapulco autour de 290 euros, donc pays de récup, de recyclage, ville qui semble plus être dans la survie que dans la vie, ou du moins où les écarts entre les villas majestueuses du front de mer sont des gouffres en comparaison du mode de vie de ceux qui sont dans les petites baraques du centre-ville, au milieu des câbles électriques reliant les poteaux aux appartements, les rues défoncées, les boutiques sombres et crasseuses, les pantalons et les chemises déchirés, les allures hyper modestes, et comme partout, ville totalement connectée aussi, chacun tient sa lucarne rectangulaire à la main.

On s’est baladé en vélo tout le long de la baie, la mer est réservée aux hôtels. Les plages libres sont aussi les plages des bains publics, où s’installent les baigneurs, et puis les pêcheurs qui remontent leur barque sur des troncs de palmier jusqu’au liseré de végétation qui borde la route. Ils vendent leurs poissons sur des étals de fortune, un vague parasol au-dessus de la tête, pas de glace évidemment pour la conservation, et des mouches en balade entre les poissons de Manuel et ceux de Carlos, les chats faisant partie du paysage también 😉

Acapulco est célèbre pour ses Clavadistas de la Quebrada ! que es esto ? ce sont les fameux plongeurs, histoires filiales de génération en génération, hommes plus ou moins jeunes qui s’élancent du haut de la falaise de la Quebrada, d’une hauteur variant entre 35 et 45 mètres au-dessus de la mer, et qui plongent, virevoltent et sautent comme des anges, entrant la tête la première dans le mouchoir de poche de mer entre les rochers, là, juste en dessous d’eux. Ils ont 4 à 5 m d’eau pour amortir leur plongeon, et ressortir la tête à l’air libre. Et puis, le plongeon ce n’est pas tout ! car avant de s’élancer de là-haut, ils doivent grimper à mains nues et pieds nus le long de cette falaise quasi verticale, depuis l’eau. Des vrais petits bouquetins (les cabris ne montent pas jusqu’en haut).

Voilà pour un petit tour. Un petit tour et puis s’en va.

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