Jeudi 4 décembre, déjà, on quitte Acapulco. C’est reparti pour 3 jours et 3 nuits, et beaucoup de moteur … zéro vent pour le moment, ah si, 5 nœuds, mais on est au portant …  il est 11h30, les calles sont pleines de gazoil, l’eau salée passe par la membrane pour aller remplir la deuxième cuve, le frigo est plein de salades, Hervé a trouvé un « jambon serrano » en morceau qu’il vient de mettre sous vide, je n’ai rien préparé comme plat à l’avance, je compte sur une mer plate en fin de journée pour cuisiner … et je croise les doigts pour que les prévis soient justes, sinon on changera de menu.

450 milles à courir avant d’arriver dans le Chiapas, où on prendra le temps d’aller se promener dans les terres. En attendant, on va traverser une zone de pêcheurs (attention les lignes …) demain matin, et puis une zone où les vents peuvent être costauds, la région de Tehuantepec (la colline du jaguar). C’est un isthme où les vents du Golfe du Mexique se déversent assez fort sur le Pacifique … mais la météo est normalement clémente !!

 

5 décembre en mer

On vient contourner une barque de pêcheurs, des long-liners … heureusement NFL est assez bien renseigné pour nous indiquer où faire attention ! Ils ont une longue ligne d’hameçons tendue entre leur bateau et une bouée, autant dire un bonheur pour les hélices …

Un peu plus loin, on tombe sur 5-6 tortues éparpillées qui roupillent. On s’approche de l’une d’elle, elle ne s’en va pas …
Elle a comme un collier rose, une nageoire posée sur le dos, elle ne nous fuit pas.

On va en voir une autre, qui plonge tout de suite. Une troisième, pareil, elle s’en va.

Retour à la première, pour l’observer de plus près : elle ne semble pas prise dans du plastique, ni dans un filet, ne semble pas être blessée, je lui fais toc-toc sur la coque mais ça ne la perturbe pas. Finalement elle se met en route sur 10 mètres et puis s’arrête. On ne sait pas ce qu’on peut faire pour elle, on s’en va … La prochaine, je descends nager avec elle !!

Sinon, b’en pas de vent ; quelques souffles de temps à autre pour ressortir le génois et laisser le moteur tranquille sur quelques milles, et puis hop, ça s’en va comme c’est venu. Le bon côté de la chose : une mer caaaalme …

On a aussi observé des dauphins en parade, alignés au cordeau tous sur un même front et lancés à fond, certains faisant des sauts incroyables à plusieurs mètres de hauteur.

Et puis d’autres plaisirs : un bain avec un millier (au moins !) de tout petits poissons argentés qui me frôlaient les pieds, une hirondelle qui passait par là, un coucher de soleil tout doux, une veille de nuit sous une humidité incroyable, une déjà plus pleine maïs presque encore pleine lune à 99%, et des bisous et des pensées pour vous.

 

6 décembre en mer

Que s’est-il passé aujourd’hui ?

Pas grand-chose …

Les milles s’avalent et se valent, les heures passent d’une sieste à une veille à une assiette et puis une sieste et on refait un tour,

du ciel bleu,

de l’eau bleue,

et puis dans l’heure bleue, ou même la dernière minute de ciel bleu, avant que la nuit bleue ne s’installe, paf !!!

UNE LIGNE BLEUE !!!! Avec un bidon orange et des hameçons … bien accrochée et bien visible dans notre sillage !!

On s’arrête, on se met sur la plage arrière sous l’annexe, on se fait tremper les shorts, on tire on tâtonne, et puis je coupe sur bâbord, du côté où la ligne s’enfonce dans les profondeurs … du coup, Hervé récupère sur tribord, et retrouve mon bout coupé … oufff, nous voilà délivrés !!

Naviguer la dérive en bas ça a du bon, et le fait d’avoir deux safrans ça écarte les dangers de l’hélice … mais quand-même …

On repart tranquille, on mange, je guette le lever de lune … rien … ah si … tiens ? Des flashs sur l’eau … à 10h, 11h, 1h et 2h (12h = là où pointe le nez du bateau) … ah merde !

À quelle distance ? Impossible de savoir. Ce que c’est ? Là non plus, pas de réponse.

On avance on avance. Et puis quand les flashs de 11h et 1h se retrouvent à peu près à 9h et à 3h (vous me suivez ? ) Hervé ralentit.

Moi je pars à l’avant pour guetter, observer.

Au moment où j’allume la lampe torche (b’en oui, il fait nuit noire, la lune est cachée par des nuages), je tombe sur une nouvelle ligne bleue avec sa bouée-bouteille transparente, ligne qui flotte à la surface !!!!!

A 2 mètres du nez du bateau !!! STOOOOOOOOOOOP MARCHE ARRIÈRE !!!!!

Ouf, on s’arrête à temps ! Heureusement qu’on n’était pas sous voile …

Rebelotte, on coupe (!) et on se remet en route, pas du tout rassurés … la veille va être active jusqu’à notre arrivée …

Non mais ??? On est à plus de 50 milles des côtes et ils posent des filets flottants !?!?! Mais quelle idée ?? On est plus que chanceux … et merci à toi la mer d’être calme ce soir, c’est plus facile de repérer les lignes qui te strient …

Une peur bleue à rebrousse-poil, on n’aurait pas aimé plonger ni l’un ni l’autre dans la nuit pour décrocher ces lignes … décrocher la lune, oui, mais pas la ligne …

A part ça, les bords sous spi sous la pleine lune, c’est du bonheur sur cette eau calme.

 

7 décembre on the sea encore

On est arrivés à l’embouchure de Puerto Madero juste au moment où la nuit venait de tomber, nous obligeant à jouer de la lampe torche pour chercher notre chemin au milieu de la mangrove. Feux de chenal à peine visibles, petites barques de pêcheurs furtives, on découvre l’environnement par les oreilles : oiseaux, insectes, ça pépie ça bruisse ça stridule ça caquette ça jacasse ça piaille ça grillonne ça cigale ça bruite dans tous les sens.

55 heures de moteur sur un trajet de 81 heures, c’est pas un ratio top. Mais on a quand-même pu porter le spi haut régulièrement, même sous la pleine lune.

Le temps de faire les calculs de route en maillot de bain tellement il fait chaud à terre, sans vent, et voilà que débarquent les autorités. Ca rigole pas ici, on est au Chiapas, c’est un état qui fait frontière avec le Guatemala, donc il y a une très grande vigilance par rapport au narcotrafic. Et en plus, le Mexique est réputé pour ses procédures administratives un peu … conséquentes …

Donc débarquent à bord, avec leurs grosses chaussures et leur combinaison militaire qui ne semblaient pas trop adaptées au climat local, 5 hommes et un chien. Un militaire visite toutes les cabines du bateau avec le chien, un militaire enregistre notre arrivée et complète les 50 documents, un chef se tient droit debout et observe, commente de temps à autre, et deux autres gars sont là, attendent sans rien dire ni faire.

Le tout prend bien 1 heure, je les aide tant que je peux avec mon espagnol rudimentaire, mais qui fait effet malgré tout.

Allez, il est l’heure de plier l’équipage, de se poser sans bruit de moteur, et de fermer les yeux pour de bon, sans rester en état de vigilance constante. Bonne nuit !!

🌟🌟🌟

Quelques jours plus tard, et quelques interrogations et indécisions, on décide finalement de ne pas aller visiter l’intérieur des terres, de faire les 2’000 km que représente la balade pour monter à Cristobal de las Casas et pousser jusqu’à Palenque, site amérindien très réputé. Compliqué de le faire en bus, compliqué de le faire sans guide quand on est des gringos comme nous, et compliqué de trouver un bon timing avec le guide qu’on nous a recommandé (il a l’immense avantage de parler un peu de français et assez bien l’anglais).

Du coup, petite balade dans les environs de Tapachula : dégustation des meilleurs tamales du coin, visite du site archéologique de Izapa et visite d’une fabrique artisanale de chocolat. On part avec Miguel, notre super guide, et puis Yves et Zaza, qui naviguent sur Ride On. Ce sont des copains de “Longtemps sur l’eau”, et des copains de “Max” aussi. Comme quoi, le monde est petit …

Les tamales, c’est un plat local, typique du Chiapas.
Dans une feuille de Blanca de helicona (une plante qu’on appelle aussi le Faux Oiseau du Paradis), on fait cuire à la vapeur de la semoule de maïs, avec un mélange de viande de porc épicée, ou de crevettes avec du chipilin, une herbe locale ressemblant au cerfeuil, un poil plus amère, ou de Mole (se prononce molé) avec du poulet effiloché … Le Mole, c’est une sauce locale typique elle-aussi, à base de chocolat, d’épices variées, de piment, de tomate, cacahuète. La base est toujours cette semoule de maïs blanc.

Quand on déjeune à 15h, on trouve ça plutôt bon, et tout cas, ça fait son effet : on n’a plus faim, haha !!

Les boissons proposées : du coca ou de l’horchata, qui est une boisson à base de riz (cannelle, sucre, et mélange secret). Assez bon et désaltérant avec plein de glaçons.

L’intérêt de la visite ne réside pas (pour moi) dans l’assiette, mais sur ce drôle d’endroit où on atterrit : au bord de la route, 4 murs en parpaing soutenant un toit en tôle planté sur des poutres quelques mètres plus haut. Porte en grillage, poulet plumé en plastique qui fait oin-oin quand on lui appuie dessus (une version locale de la girafe Sophie) pour dire qu’on est là.
On entre dans un espace complètement ouvert, avec quelques tables en plastique sur lesquelles sont posées des boites en plastique contenant des fourchettes en plastique, et puis 4 immenses marmites posées sur un âtre à même le sol, une grande fosse en béton à l’intérieur de laquelle le bois brûle et lèche le cul des marmites.

Un peu plus loin, de plus petites marmites où cuisent des sauces variées, rouges, brunes, noires, et puis les tables de travail sur lesquelles une demi-douzaine de femmes prépare les tamales. 4 hommes participent aux manœuvres, au feu et en « cuisine ». Une dizaine de personnes travaillent là, issue de la même famille, tous les jours, et préparent entre 1’000 et 5’000 tamales par jour, que les gens viennent soit manger sur place, soit acheter en grande quantité pour aller les revendre ailleurs … Autant dire que c’est une vraie industrie, mais totalement artisanale.

Dans un coin, une petite fille chantonne dans un fauteil en plastique. Quelques chats, chiens et coqs se baladent au milieu des jambes des travailleurs, les gens viennent chercher leurs portions de tamales dans des sacs poubelle, on est loin du monde aseptisé de la Suisse …

Direction les ruines de Izapa, site datant de 1500 avant JC, où plus de 10’000 Olmèques vivaient sur un ensemble de pyramides plates, de plateformes variées, petite ville organisée avec ses rois et tous les rangs de la société, jusqu’aux esclaves.

Le trône du roi était le premier lieu touché par le soleil matinal sur le site, et parmi leurs activités, il y avait quelques rituels ; notamment le jeu de la belote, auquel ils jouaient à mettre la balle de caoutchouc dans l’anneau de pierre avec les coudes et les hanches. Mérite ultime : le chef de l’équipe gagnante avait le prestige d’être sacrifié sur l’autel de l’un de leur dieu. Puisque leur croyance les vouait à espérer une meilleure vie, une fois morts …

Le lieu est petit, serein, en bon état, quelques pyramides de quelques étages, des murs incroyablement bien préservés et surtout d’une régularité digne des meilleurs maçons.

Et puis encore un peu de route pour aller à Tuxtla Chico, pour rencontrer la fameuse artisane de chocolat qui a représenté le Chiapas deux fois de suite dans des concours de chocolat à l’étranger, en Italie et à Paris … Signora Chepi Lapara ! Vous la trouvez sur FB, insta et ailleurs d’ailleurs.
Vieille dame vive et souriante, elle préfère discuter avec ses amies qui sont là, et délègue la visite à ses employés qui nous font la démonstration du travail du cacao sorti de sa cabosse, jusqu’au chocolat prêt à consommer (à boire) : torréfier les grains, concasser les grains, séparer le son de la fève, écraser les fèves, les moudre sur un plan de grès sous un rouleau de grès, mélanger ces fèves écrasées (et pleines de graisse !) à un peu de sucre, de cannelle et d’autres aromes, et hop, voilà des petits boudins de chocolat prêts à être dissouts dans de l’eau chaude, pour s’en régaler.

En brassant le liquide odorant, qui mousse de bonheur, elle me dit en plaisantant « si tu n’as pas de batteur comme le mien à la maison, tu demandes à ton homme ! il a qu’à utiliser sa Black et Decker !! «

 

 

On est revenu avec du chocolat dans notre sac, on sait exactement ce qu’il y a dedans, et on pensera souvent à son sourire.

Voilà pour le côté culturel du coin, enfin, gourmand, pour le reste y’a pas grand-chose. On est au fond d’une marina qui est elle-même au fond d’un port, on est entouré de verdure, c’est calme, on a une piscine dans laquelle on va faire descendre la température de nos corps de quelques degrés, on est loin de tout, et d’ailleurs on a pris un collectivo pour aller faire les courses, ça vaut son pesant d’or ! et 35 pesos. Je vous raconterai.

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