Jeudi 1er janvier 2026, bienvenido in Panama !!
Nouvelle année dans un nouveau pays.

Depuis Golfito, au Costa Rica, on est descendus le long de la côte ouest d’une péninsule sauvage, plein sud au moteur, et puis on remonté plein nord le long de la côte est sous voile. Super navigation, jolie vitesse, eau plate, régal ! A terre, on voit une végétation dense, des palmiers, parfois un toit de tôle rouge, une panga sur l’eau, un bateau de pêcheurs. Autant dire qu’on a l’impression de longer une côte déserte. Et pourtant, de partout sourd un bruit de percussions, de caissons-basses poussés à fond, un bruit puissant d’humains qui font la fête. Tout le long. Jusqu’à Puerto Armelles où on fera le check-in demain matin, partout bruisse le son de la fête, de ce premier jour de l’an joyeusement célébré.

A Puerto Armelles, on est l’attraction de la fin de journée. Au moins 20 pangas viennent tour à tour nous souhaiter un joyeux « Welcome in Panama my friends !! Feliz Año !!!», tous les téléphones tournés vers nous pour filmer ce joli bateau qui vient ancrer devant leur plage. Pas moyen de descendre à terre ici hormis avec l’annexe ou le paddle, et vu l’heure et l’ambiance, on choisit de rester à bord. On descendra demain, quand les humeurs festives et embrumées seront un poil assagies …

Vendredi 2 janvier, jour des formalités à Puerto Armuelles. On est pris en charge par Omar, employé zelé des autorités portuaires, qui nous trimballe toute la matinée d’un bureau à un autre.

L’entrée au Panama se fait en passant par le bureau sur les quais de Omar, dans une pièce sans fenêtre, au milieu de cartons et d’objets variés oubliés là, une à peu près table, une chaise à roulettes, un fauteuil perçé, un tabouret, quelques rayons sur lesquels trône un petit bordel, des coffres en métal pour les archives des dossiers … Avec Omar on reprend à la main toutes les infos qu’on lui a déjà fait parvenir par mail, et on constitue notre dossier. Puis direction les services de l’immigration, la porte d’à côté. Même atmosphère, trois officiers, de la paperasse, des autorisations essentielles. Puis la porte d’après, toujours dans le même bâtiment de bois qui se délabre : les douanes, où nous accueille un jeune homme en chaise roulante, qui fait partie de l’équipe nationale handisport basket. Son bureau est un doux mélange de statuettes religieuses, médailles sportives, affiches gouvernementales, c’est assez rigolo.

Omar nous emmène ensuite au bureau du port « en ville » dans sa voiture brinquebalante ; coincée à l’arrière, j’ai l’impression que le pot d’échappement recrache tous ses gaz directement dans l’habitacle.

Rues à moitié pavées, à moitié goudronnée, ou complètement naturelles de terre sèche, petite ville de 2500 habitants aujourd’hui, qui a compté jusqu’à 50’000 personnes du temps de l’entreprise bananière qui cultivait les bananes sur cette côte, et les envoyait sur la côte atlantique.

Omar nous fait visiter fièrement sa petite ville, puis nous balade de l’office des affaires maritimes à la banque, puis au service de l’agriculture où on remplit pour la Nième fois les quasi mêmes documents, puis retour au bureau initial où il nous remet la copie des 7 documents complétés et signés par tout le monde. Sachant que dans chaque bureau tu ouvres ton porte-monnaie ou tu fais marcher la carte de crédit.

On file faire un tour au « supermarché » (pas grand-chose) et au petit marché de légumes à ciel ouvert, pour trouver quelques emplettes, puisqu’il n’y aura plus rien avant plusieurs jours.

Du 2 au 8 janvier, on se balade autour de l’ile de Coiba, avec Laurent et Sylvie de Salavida qu’on retrouve à Bahia Honda.

Sur l’ile de Coiba, on s’arrête dans quelques criques pour aller crapahuter dans la forêt quand un petit sentier se présente, on écoute fascinés les échanges entre deux bandes de singes hurleurs, on profite aussi de visiter l’un des trente sites où étaient reclus les pires 2’500 malfrats panaméens jusqu’en 2004.

Deux militaires nous accueillent pour la visite, et nous font faire le tour des lieux : un bâtiment a été rénové pour nous montrer à quoi ça ressemblait (9 couchettes par cellule, 1 wc et 1 douche par cellule, sans porte ni cloison bien évidemment, et des attaches à chaque bout de couchette pour rajouter des hamacs, puisqu’ils pouvaient enfermer jusqu’à 20 hommes par « cage ».  Un autre bâtiment en l’état : délabré, rouillé, sans toit, sans rien. L’ancien hôpital, avec des cellules lui aussi, et puis les restes d’un petit bâtiment juste à côté des pourtours de l’église, là où les plus malades attendaient de passer l’arme à gauche …

2500 prisonniers qui vivaient plus ou moins librement sur cet équivalent d’Alcatraz, avec de la terre à cultiver, de l’eau où pêcher, un climat pas trop compliqué, et des crocodiles pour t’empêcher de partir à la nage … Ils devaient assumer tous leurs besoins et leur autonomie, donc bien occupés. Et les cellules étaient là pour les plus hostiles et les plus bagarreurs, histoire de les isoler de temps à autres.

C’est là aussi que Noriega venait discuter en toute discrétion avec ses amis plus ou moins fréquentables, dans sa maison « garnie » bien protégé par ses militaires …

6 janvier, on est au milieu de rien, en bordure de rien. Eau limpide sous le bateau, rideau vert devant les yeux, c’est simple, beau, serein. On part avec Le Cap remonter la rivière pour voir si on aperçoit des crocodiles … c’est noté sur nos cartes qu’il y en a !!

On remonte la rivière à marée haute, du coup la forêt et la mangrove dardent leur feuillage hors de l’eau, les troncs totalement immergés, on a l’impression d’avancer dans une forêt noyée. Paysage incroyable !

Je demande à un moment au Cap d’éteindre le moteur pour se laisser imprégner de cette ambiance très particulière, on est au milieu d’un bras d’eau qui s’avance indéfiniment entre deux murailles vertes ; jungle impénétrable, vrais châteaux forts végétaux, avec des arbres qui s’élancent haut, totalement recouverts de lianes feuillues … et de cette végétation abracadabrante s’élèvent les cris des singes hurleurs et le chant des oiseaux invisibles. C’est envoutant.

7 janvier. On est venu entre la petite île de Jicaron et l’ile de Coiba car le snorkeling y est parait-il magnifique … 6 heures de navigation, quasi presque que au moteur pour venir, 8 heures de nav pour en repartir … en toute honnêteté, trop de temps de voyage pour la qualité du lieu. D’autant plus que le mouillage est super rouleur et qu’on ne peut pas s’y abriter pour la nuit … La vitesse bateau indique 2 nœuds (pas loin de 4 km/h) alors qu’on est à l’ancre, c’est vous dire qu’il y a un peu de courant !

Mais à part ça, c’est toujours aussi fascinant : on a snorklé dans la passe, de tous ses côtés, à marée plus ou moins basse, on a joué dans les courants froids et les courants chauds (facilement 10 à 15 degrés d’écart), passant de l’eau cristalline à une eau vibrante d’ondes de chaleur et plus chargée, avec des balistes, des perroquets, des demoiselles, des petites fusées noires et jaunes, des poissons coffres noirs à points blancs, des patates de corail bleu ciel et rose poudré vieille Angleterre, des poissons noirs à taches turquoise fluo, des éclairs bleu azur, … c’est un régal chaque fois.

Et se laisser porter par les flots, la tête sous l’eau, immergés dans le silence, avec juste la musique de notre souffle et le crac crac crac des poissons perroquets qui grignotent le corail, avancer de quelques coups de palmes jusqu’à l’émerveillement suivant, c’est du bonheur en barre !

Sur le chemin : un banc de dauphins nous accompagne dans un sens, nous offrant un super pestacle suspendu dans le temps et dans l’eau sans ride, magique. Et au retour, un joli thon Yellowfin vient croquer dans l’hameçon qui traîne (volontairement !!) à l’arrière de Myriades. Un Cap heureux : 23 kg tout droit sortis de l’eau, du bio, du beau, du bon, du vivant. Quelques coups de couteau bien affutés plus tard, voilà quelques kilos de filets levés partis au congelo, et d’autres mis en bocaux.

Et puis une troisième surprise qui tente de s’inviter à bord … La ligne file, siffle, chante de cette mélodie que Hervé adore, mélodie puissante cette fois-là « ouah ça doit être un gros là, c’est quoi ?? » Et c’est là qu’on voit un espadon cabrioler quelques fois pour se libérer de cette grosse épine plantée quelque part dans son lard …

Hervé mouline mouline mouline pour le ramener à bord, pour essayer de le détacher, puisqu’on ne va le garder. Frigo plein de thon … Et lorsqu’il arrive à 5 mètres du bateau, c’est là qu’on réalise qu’il mesure la taille de notre annexe … pas loin de 3 mètres !!! Arggghhh !!! Comment on se dépêtre de cette situation ? comment on le remonte jusqu’à pouvoir lui toucher la tête pour enlever l’hameçon qu’il a à priori dans la bouche ?
Trois options : couper la ligne (mais il repartira avec un piercing certainement mal placé) / le draguer avec nous jusqu’à notre prochain arrêt, et demander l’aide de pêcheurs locaux / le fatiguer en le traînant à forte vitesse, pour qu’il perde de la vigueur et qu’on arrive à l’approcher …
On choisit la 3 … et au bout d’un moment, la ligne se relâche tout à coup ! il a réussi à se libérer. On découvrira après que l’hameçon s’est tordu sous la traction, et qu’il a pu s’échapper. Ouff. Et … on est tout désolé Espadon de t’avoir blessé de la sorte, ce n’était pas notre intention.

On ne peut pas monter droit sur Panama City, on aura le vent droit le pif, alors on vise les îles Las Perlas qui se trouvent au sud-est de Panama. On trouve abri dans différentes criques et bords de plages et puis on arrive aux Perlas le 10 janvier.
On s’y balade quelques jours, on passe de mouillage en mouillage dans des endroits plutôt isolés, plutôt abrités, où l’eau est bonne, mais pas grand-chose à voir ni à faire.

Mercredi 14 janvier on arrive à la Marina Flamenco, au bout de la presqu’ile au sud de Panama City.  On y vient rapidement, car le bateau doit être dans la rade de Panama pour qu’on puisse débuter les démarches pour passer le canal. Je vous raconterai les préparatifs et le canal dans un autre article, c’est un sujet en soi. On reste à la marina une bonne semaine, avant de repartir 2-3 jours dans les iles pour patienter.

Comme d’hab, chaque fois qu’on arrive à une escale où la technique peut s’inviter, elle trouve sa place et son tempo. Cette fois, la liste se rallonge au fur et à mesure qu’on « tick des boxs » …
.. réparer la machine à laver ; ça veut dire vider la cabine arrière, sortir les vélos, déplacer le générateur qui pèse son poids, trouver le moyen de dévisser la machine de son socle sans faire tomber les écrous et les rondelles au fond du bateau, extraire la machine de sa trappe coincée entre le moteur et le générateur, désosser la machine pour arriver à la résistance pour pouvoir la débrancher, puis la tester une fois à froid pour savoir si elle fonctionne … oui !! victoire !!! chouette, la voilà qui refait le chemin inverse « back dans son boiton »
.. changer le feu de hune : monter Hervé au mât à mi-hauteur avec la drisse de spi, pour qu’il change l’ampoule qui est juste sous le radar. Mais hic, problème, impossible de monter Hervé. Ca coince. Du coup c’est moi qui suis hissée avec la drisse de GV pour aller voir ce qui se passe là-haut … et là, constat : la poulie de tête de mât est foutue, biaisée, la drisse saute et se coince … ça veut dire réparer (enlever la tête de mât pour changer les poulies, mais du coup comment on monte si on doit enlever les poulies ???!?) ou décider de naviguer sans spi, seulement avec le génois et la trinquette, un peu con, non ? on verra, d’après Le Cap, c’est pas critique …
.. vidanger le moteur de Myriades
.. vidanger le moteur de l’annexe et changer son hélice
.. et puis tant qu’à faire, autant nettoyer le turbo ; donc le faire déposer, et puis l’envoyer au nettoyage, et le faire remonter
… et puis changer la pompe de cale la veille du départ, celle qui évacue 100 litres par minutes .. elle est plutôt importante dans le bateau ! Heureusement qu’elle lâche ici, plutôt que de lâcher dans les San Blas …
Comme d’hab, on ne s’ennuie pas sur un bateau à voile, surtout quand il s’agit de mécanique motorisée …

Mais bon, hormis les couacs et sujets techniques, on prend quand-même le temps d’aller visiter les vieux quartiers de Panama, qui ont été très bien réhabilités ; il fait bon flâner dans ces rues colorées, surtout fréquentées par les touristes il faut bien le dire. On y trouve un peu d’artisanat, beaucoup de restos et d’hôtels, des petites boutiques plus ou moins luxueuses. Les rues sont assez étroites, les maisons ont entre 2 et 5 étages, l’architecture rappelle les origines espagnoles de la ville. Ce petit quartier est tellement visité, qu’une autoroute sur l’eau a été construite pour le contourner puisqu’il est un peu la porte d’entrée de la ville depuis le sud-ouest.

C’est clairement pas ici que résident les 1,5 millions de panaméens qui vivent « en ville ». 4 millions d’habitants dans tout le pays, et près d’un tiers sur le petit territoire urbain. 40% des citadins vivent sous le seuil de pauvreté, 50% n’ont pas accès à un réseau d’eau potable. Ils sont entassés dans d’immenses tours qui s’élancent vers le ciel, rivalisant avec celles de la City ou de n’importe quelle grande ville. C’est très fréquent de voir les balcons hermétiquement grillagés, les fenêtres sans vitrage, les portes de simples plaques de contreplaqué, les bâtiments pas finis ni peints ; il y a des quartiers dans lesquels il est recommandé de ne pas y mettre les pieds autrement qu’en voiture …

Je m’arrête au Musée de la Mola, qui met en valeur le travail de broderie des indiens Kunas (on dit aussi Gunas), peuple de courte taille originaire de l’archipel des San Blas. J’y découvre des gens minuscules, et un travail artisanal et manuel qui consiste à créer des pièces de tissus bordées multicolores, représentant des moments de vie importants, des rites de passage, des références à l’univers, des symboles, ou simplement des figures géométriques. C’est joyeux et plein d’énergie.

Petite visite aussi au BioMuseo, qui relate tous les mouvements qui ont eu lieu entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud lorsque l’Amérique Centrale a progressivement émergé des fonds marins, tellement de migrations, de croisements, de métissages, une incroyable évolution de la bio-diversité humaine, géologique, animale, florale, maritime.

La suite de Panama, c’est la traversée du canal, pour quitter le Pacifique et rejoindre l’Atlantique. Et ça sera dans le prochain article. Des bisous !

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