Qui aurait cru qu’on s’arrête en Colombie ??? C’était pas au programme, comme quoi le dicton est vrai : “les plans des marins s’écrivent dans le sable à marée basse …”

Mini retour en arrière pour vous expliquer comment on en est arrivés là :

 

LES SAN BLAS

On arrive le 30 janvier dans l’archipel des San Blas, 350 îlots regroupés sur un territoire autonome au Panama, lieu de vie des Gunas, une tribu indienne qui vit un peu à terre sur le continent, et un peu “à la plage” sur leurs ilets.

C’est un paysage paradisiaque, le vrai cliché “carte postale”, sable blanc, cocotiers, hamacs colorés, barques taillées à la machette sur la plage, et .. beaucoup de bâteaux … On mouille « au pied du bar », littéralement devant les 4 chaises en plastique posées les pieds dans l’eau. Pas le choix, il y a peu de place. Quelques touristes sur la petit plage.

On fait le tour de l’ile à grands pas, ça nous prend 20 minutes, vous dire si c’est grand !

Le lendemain le temps se gâte, comme annoncé, on part chercher un abri sous le vent d’un autre ilot. On y reste tanqués pendant 4 jours, où on attend que le vent se calme pour visiter la suite, que le courant se calme pour aller faire du snorkeling, que la fenêtre s’ouvre pour monter en Jamaïque …

Entre 25 et 50 nœuds au mouillage, 2 nœuds de courant sous la coque, un crocodile sur la plage, on est prisonniers de notre bateau. Variations de gris, de turquoise, de bleu pâle, de taille de gouttes de pluie, le temps est long.

Le vent reste désespérément au nord, on décide de gagner de l’est en partant pour la Colombie, histoire de profiter d’un vent et d’un courant favorables pour rejoindre Cartagena de Indias, ce qui nous permettra -quand le vent tournera à l’est- de n’avoir « qu’un bord » à tirer jusqu’à Kingston. Un bord, oui, un seul, un seul bord de 3 jours et 3 nuits.

 

COLOMBIE

Imprévue au périple initial, cette étape se met en place dans nos esprits à force de se demander ce qu’on va faire aux San Blas pendant 15 jours en attendant que le vent daigne changer de régime … on n’est pas des fans de plage, et peu séduits par l’ambiance du coin.

On tire un bord le 5 février au matin depuis les San Blas, une ligne quasi droite jusqu’à Cartagena de Indias où on arrive le 6 à 13h. 2 nœuds de courant positif avec nous, ça déboule à fond de train. Vitesse moyenne à 7 nœuds, c’est cool ! Ca remue trop à mon goût, mais on moins on va vite.

L’arrivée en Colombie se fait aussi avec un agent qui « facilite » les démarches avec les différentes autorités, démarches obligatoires et onéreuses. On trouve une place au port, en se disant qu’on va profiter de ces quelques jours pour aller visiter le pays, direction Medellin ou Bogota. Mais évidemment, une fois qu’on regarde l’agenda et la météo de plus près pour se faire un plan sympa, on s’aperçoit que la fenêtre de vent tant attendue se pointe 5 jours plus tard, et qu’on n’a donc pas les 4 jours nécessaires pour aller se balader dans les terres. Donc on reste à Cartagena.

Ville incroyable, d’une vivacité insatiable, pétillante voire assourdissante, colorée et multiple, la vieille ville de Cartagena nous attire particulièrement, et nous ravit.

 

Sous la lumière et la chaleur écrasante, les ombres sont tranchées, nettes, sombres, les couleurs saturées, les nuances peu présentes. On se cache on se terre en Colombie pendant les journées, les mains protègent les visages, les chapeaux et les casquettes sont vissés sur les têtes en permanence, les habits sont longs.

On s’active dehors plutôt le matin, et après c’est ombre au vent, obligatoire. Pas d’alternative, hormis se mettre au frais dans un musée, dans un bistrot sympa, un centre commercial. Et puis retour à la vie plus facile à partir de 16h30, la fin de la journée offre des lumières plus douces et nuancées, les ombres cette fois habillent les façades des maisons, le soleil plus doux relève les couleurs vives, met en beauté les bougainvilliers dans les ruelles, souligne les volumes. C’est l’heure où les Colombiens attentifs à leur santé profitent de se mettre en mouvement le long des quais, et le moment où les touristes prennent d’assaut les terrasses et trottoirs de la vieille ville pour aller passer la soirée au son de la musique, profiter des spectacles de rue, et savourer la fraicheur relative. Le thermomètre reste souvent agrippé au-dessus des 30 degrés, heureusement Eole est dans le coin.

Le vieux quartier de Getsemani se niche derrière les premiers remparts et revèle ses trésors de street art, où des fresques magnifiques s’exposent à ciel ouvert. Souvent des portraits afro, des textes illustrés, de la couleur partout. Les tables des restos peuplent les trottoirs, les places accueillent les artistes qui dansent, jonglent, les joueurs d’échec et de domino ont leur table à l’ombre. Les hibiscus et autres plantes grimpantes habillent le ciel et les murs, les fenêtres sont souvent cachées derrière des barreaux de toutes sortes, du simple grillage aux pergolas très travaillées. Les maisons sont d’un seul niveau, collées serrées, et on devine souvent une cour intérieure qui abrite un petit havre de paix.

A la nuit tombante, les guirlandes illuminent toutes les rues, la féérie s’installe, les rires s’égrènent, les discussions sont vives, le verbe fuse, les yeux pétillent, la vie bat son plein.

Dans le reste de la vieille ville, qui se trouve derrière un second niveau de remparts, où on accède par la Torre del Reloj, la porte de l’horloge (grand bâtiment à trois portes, par lesquelles pouvaient entrer des bataillons entiers, donc grandes portes !) les bâtiments sont plus imposants, plus hauts, et c’est là que se trouvait le cœur politique, culturel et religieux de la cité. Place de la Douane, Musée Naval, Cathédrale, Musée historique, les bâtiments sont en bel état, tout est bien restauré. Couleurs vives ici aussi, sans les plâtres qui s’effritent dans Getsemani.

On a visité aussi le fort de San Felipe de Bajaras, construit dans les années 1530 et 1650 et des brouettes, plus grande forteresse construite par les Espagnols pendant leur période coloniale. On s’est baladé dans ses galeries souterraines incroyablement longues, qui permettaient aux soldats de communiquer facilement entre les différentes batteries, et c’est un peu la première fois que je visite un édifice militaire si « doux ». Il est imposant sans être écrasant, il est très ouvert, construit en terrasses inclinées et il est plus « nonchalamment posé sur son tertre » que « imposant et imprenable ».

Sinon, dans les clins d’œil attrapés de-ci de-là, voilà une liste non exhaustive :

dans un bar cubain, la musique qui rapproche des inconnus le temps d’une danse, et puis d’une autre,
les klaxons incessants des taxis à 2 et 4 roues, chaque piéton sur son trottoir est appelé d’un coup d’un long tuuut pour savoir s’il a besoin d’être déposé un peu plus loin,
le bal des autobus « boite de nuit » qui sillonnent les alentours de la vieille ville, même de jour,
les odeurs de gazoil partout, au port, dans la rue, partout,
les gens qui dorment dans la rue et ceux qui louent un gros yacht pour une journée de poker en pleine mer,
le réveil de la vieille ville à la fin de la journée,
être millionnaire … tu tires 250 euros et tu reçois 1.2 millions de pesos,
les places et les rues débordantes de vie, de musique, de lumière,
le sourire de tous les vendeurs de rue, jamais agressifs, légers dans la proposition,
la chaleur qui écrase tout,
la musique tout le temps, partout,
les bateaux touristes qui traversent la baie au son de la salsa,
les bougainvilliers qui fleurissent les petites rues,
le charme des maisons colorées, taguées,
les fresques qui rendent un bel hommage à l’héritage africain,
les charrettes des vendeurs de fruits, de brochettes, de jus variés,
cette habitude qu’ont les Colombiens de prendre le café et leur petit-dèj dans la rue, autour de la cariole du vendeur qui propose ses 6 cafés différents dans des thermos colorés,
ces téléphones qui braillent et crachent leur musique,
ces femmes plantureuses qui portent fièrement leurs formes généreuses,
les sifflets des agents de la circulation qui rythment le flux des taxis,
les places qui s’animent en fin de journée,

Belle étape, chouette étape, juste le regret de ne pas avoir pu visiter quelques lieux dans les terres intérieures, de grimper en altitude, mais voilà, on fait le choix de profiter de la bonne fenêtre qui s’ouvre pour poursuivre la route vers la Jamaïque.

Des bisous, besos para ti, creo que esta es la última vez que te los mando en español, la próxima vez serán con tintes de reggae.

A b’entôt !!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *