Notre premier contact avec le Brésil se fait avec Fernando de Noronha, archipel à 400 Nm du continent.

On y arrive en début de journée, on file au bureau du port, petite cahute sur pilotis au-dessus de la plage. Cabane de bois avec deux petites fenêtres, deux petites portes. On s’entasse tous les quatre avec les quatre fonctionnaires, avec plaisir car il y fait frais (vive la clim !!) . Là débutent nos aventures dans un monde où la langue nous échappe totalement, ce qui nous fait passer « à côté de beaucoup de choses » mais pas de la gentillesse des gens qui rigolent de nous voir ânonner quelques mots.
Pas facile de se faire comprendre pour des choses aussi bêtes que « où se trouve la banque car nous n’avons pas de cash », ou « où peut-on acheter une carte téléphonique » car non, nous n’avons pas réseau et donc impossibilité d’utiliser google-mon-ami pour traduire nos petites phrases … Vous avez déjà essayé d’apprendre le portugais ? à lire, c’est tout facile .. ouaip, presque. Mais dès qu’on passe à l’oral, là on est immédiatement perdus !!! ils inventent des lettres, les prononcent autrement que ce qu’on peut lire, mettent des intonations tellement chantantes, des sons venus d’ailleurs qu’on en perd nos quelques références écrites … C’est magnifique en musique, mais plus compliqué pour la vie à terre.

On dépasse les difficultés de la langue avec sourires et grands gestes. On doit prendre le bus pour aller à la banque, mais on n’a pas d’argent pour prendre le bus … on demande à la gentille dame du port comment faire … ni une ni deux, elle sort son porte-monnaie et nous tend 20 Reis. « Vous me les rendrez en partant » nous dit-elle. Toutes les personnes rencontrées sont très aidantes, accueillantes, souriantes, et pas pressées…

Que dire de l’île ? Végétation tropicale, oui, flamboyants, manguiers à profusion, arbres et arbustes à feuilles grasses, palmiers de toutes sortes, herbes foisonnantes, c’est vert vert vert, c’est chaud et humide, l’atmosphère est plus à la sieste qu’à la course à pieds. C’est vraiment un climat qui pousse à ne rien faire …
Au pied des falaises, quelques plages de sable blond ourlent la côte. Côté nord, ballottée par les courants atlantiques et la grosse houle du large, le vent dominant est Nord Est ; quelques piscines naturelles permettent de profiter de l’eau douce qui ruisselle en cascades, puisqu’il pleut quand-même assez fréquemment par ici …

Une route principale traverser l’île. Le reste est un réseau de pistes pour les buggy, les piétons et les trekkeurs. Seul 1/8 de l’île est publique, le reste est une réserve naturelle dûment protégée par barrières et surveillants. Dans le village principal, les rues sont faites de cailloux entre lesquels l’herbe pousse allègrement, on est propulsés dans un autre temps. Un cheval paît au bord de la place d’armes, lieu où les prisonniers venaient à l’appel le matin chercher leur peine journalière. La place d’armes et son palais de justice sont bordés par l’église et par la banque. Les 3 institutions de la vie humaine en société organisée est dignement représentée.

Petites maisons, habitations colorées en brique, en bois, en bambous, un seul étage, une terrasse, quelques murs et fenêtres tout simple, on a l’impression que chacun fait le commerce de ce qui lui plait chez lui. Par ici une petite boutique de souvenirs, par là une terrasse de café, plus loin une pousada, un lieu où acheter un habit, ou plutôt un maillot de bain puisque c’est l’habit l’uniforme le costume que tout le monde porte ici.

Les femmes les fesses à l’air « sous » leur tout petit maillot de bain, avec parfois une tunique par-dessus mais si possible transparente, une jolie paire de tongs, un chapeau de paille et les cheveux longs, lunettes et paillettes, ongles vernis, elles vont et viennent entre la plage et le village, quelle que soit l’heure de la journée. Les hommes en maillot eux-aussi, exhibent fièrement tatouages et muscles saillants ou bidons bedonnants. Chaque couple porte au moins une planche de surf. Les personnes âgées n’échappent pas à l’uniforme, au contraire, elles sont presque fières de revêtir leur petit maillot et peut-être un petit lycra pour se protéger … les bras !

Pour visiter la partie publique de l’île, on prend le bus. On monte à l’avant pour prendre notre billet, 5 Reis par personne. Et tous les insulaires montent par la porte arrière, sans payer. On se permet au bout de quelques trajets de monter par l’arrière aussi.  Et puis on fait du stop. Ça marche bien et on ne risque rien, c’est vraiment pratique courante ici. Ils ont de grosses voitures, voire même des petits camions, avec des haillons arrières aménagés avec des bancs, où s’assoient les auto-stoppeurs.

La plus grande partie de l’île est une réserve naturelle méga protégée où on ne peut entrer sans « multipass », 50 euros par personne. Il paraît que les plages y sont superbes, mais bon, on choisit de faire l’impasse. Les tortues et les dauphins viennent nager autour du bateau, et si nous étions dans la réserve, nous serions tenus de sortir de l’eau pour les laisser tranquille, alors voilà, on s’en tiendra à ce plaisir à portée de nos mains de marins. Et puis on a décidé aussi de ne pas rester trop longtemps, parce que le mouillage roule roule roule beaucoup beaucoup, et on dort mal. Surtout les gars.

Donc oui, on a aimé cette halte au milieu de l’Atlantique, c’était un chouette premier contact avec ce nouveau continent, mais on n’est pas resté … il faudrait parler portugais pour vraiment en profiter et en comprendre les subtilités. On reprend la mer pour rejoindre un morceau de terre un peu plus conséquent, on vise un atterrissage dans le NordEste. Deux nuits de mer, et hop, un nouveau continent s’ouvrira à nous.

Notre second contact avec le Brésil est continental, à Joao Pessoa, Marina Jacaré, et ça commence par des franches accolades avec les bateaux-copains retrouvés sur place, ceux qui ont traversé en même temps que nous depuis le Cap Vert, et ceux qu’on n’imaginait pas retrouver là parce que déjà partis (et nous avons pu profiter d’un moment tous ensemble quand-même).

Et puis après, l’arrivée au Brésil ça se poursuit par les démarches administratives à faire, plutôt nombreuses, et surtout chaque administration est à une heure de route de la précédente …

Hervé et André-Fayal partent pour la Receita Fiscal à Cabadelo (pointe de l’isthme, au nord), ça prend quand-même bien 2 heures bien que André connaisse le chemin, et il nous fait gentiment profiter de la voiture qu’il a louée. La capitainerie elle, est maintenant au centre-ville de João Pessoa (au sud), mais lors de sa construction elle était au bord du fleuve … le fleuve s’est retiré, la ville l’a grignoté et a eu le dessus. Pour y aller, nous faisons le trajet en Uber pour 25 Reis et 30 min de voiture dans un environnement de petites maisons-ateliers-boutiques avec les gratte-ciels en toile de fond.
Un bureau de 25 m2, 3 guichets, 2 fonctionnaires à chaque ordi, 5 personnes en attente sur des fauteuils en rang de cinéma face au mur, personne ne parle français ni anglais, on va voir on va se débrouiller … non finalement c’est pas si simple, on ne comprend rien. Heureusement Nicolas (l’associé de la Marina) est aussi là pour faire l’entrée d’un bateau, et il joue les traducteurs-arrangeurs… il nous évite une amende de 300 reis car il nous manque un formulaire qui aurait dû être rempli par la capitainerie de Fernando, LE formulaire de la Police Fédérale …

On continuer notre balade pour acheter une carte SIM prepaid … je vous laisse imaginer le sketch !! On trouve finalement une solution pour pouvoir le faire sans numéro de sécu brésilien et Heureusement que notre ami Google Traduction est sur tous les outils … Hervé et le vendeur dialoguent par clavier interposé… la technologie a du bon aussi.

Ce qui nous frappe et nous bouscule, ici au Brésil depuis notre arrivée, livré pèle-mêle, c’est tout ça en général :

Grilles et grillages partout, chaque petit bout de terrain construit est derrière des barreaux
Terre de contrastes, le gigantisme et le presque rien
Églises et bâtiments en mauvais état, pas d’argent pour maintenir le patrimoine
Un niveau de pauvreté important, les enfants courent presque nus entre les murs en briques brut rouges et terreuses
Les maisonnettes sont rarement terminées, et sont vraiment toutes petites
Les nids de poule partout, et elles sont grosses les poules !!!!
Quand il pleut, obligés de rouler les fenêtres fermées sous peine d’être douchés par le camion qui passe à côté de nous dans les flaques
Tongs et mini shorts, tenue de rigueur avec un avantage majeur : ça sèche vite
Les assemblées de Dieu, partout, leurs immenses propriétés laissent deviner leur influence
Les rideaux de pluie, qui tombent qui tombent
La nuit de 18h à 6h, d’un coup d’un seul
Les cyclistes à contre-sens sur les 2×2 voies
Les champs de canne à sucre en bordure de ville
La chaleur moite qui nous tombe dessus et qui nous fait ruisseler de la tête aux pieds sans faire aucun mouvement

On visite Olinda, charmante petite bourgade peu éloignée de Récife, mais à des années lumières en terme d’évolution et de développement. Ici tout est calme, tranquille, petit, patiné, un peu décoloré, on a vraiment le sentiment que le temps s’est arrêté quand les colons se sont retirés .. tout est un peu décrépi, un peu à l’abandon, mais laisse deviner le charme que devrait avoir cette bourgade.

Et à Olinda, c’est ça aussi :
Les buveurs assis à 21h sur le trottoir, y ronflant encore à 9h du mat
Les trois musiciens à leur balcon, abrités à l’étage et animant la rue jusqu’au bout de la nuit
Les maisons tellement colorées et parfois quand-même des drôles de couleurs
Contrôle de flics à la plage avec le flingue braqué sur les gars
Olinda coupée du temps
Les marchands en tout genre
Les grappes de fruits à vendre au bord des routes
Les chants dans la nuit, qui résonnent d’un bistrot à l’autre

Et puis à Recife :
Les quartiers interdits le dimanche, drogue et violence, no go zone, les flics attendent sur les ponts pour nous refuser l’accès
Les buildings-prisons, une grille pour entrer dans la cour de l’immeuble, une grille pour entrer dans l’immeuble, des grilles à chaque fenêtres aux premiers étages …
Plage désertée et requins annoncés
Le musée du Frevo, danse du carnaval qui en retrace l’historique, expo très joliment présentée
Pauvreté et saleté partout partout partout (terre eau plage)
Les favelas flottantes au pied des quartiers plus favorisés

Notre petite marina à Jacaré est complètement hors du temps elle-aussi. Tenue par deux français installés ici depuis plus de 10 ans, c’est l’un des premiers abris sûrs quand on arrive d’une traversée, et c’est un repère de français. Elle est “au bout de la rue” d’un minuscule village, face au couchant. Une vingtaine de bateaux au total sur les deux pontons, certains sont en “hivernage” et d’autres en transit. On profite de la relative fraîcheur qu’offre le grand toit posé au dessus des bâtiments en U des espaces communs pour y boire une caïpi, pour y travailler sur le blog, pour s’y documenter pour les prochaines étapes.

Voilà voilà pour un premier petit tour par ici … J’ai profité d’une journée d’une moiteur incroyable et lourde pour vous écrire tout ça, faire le choix de quelques photos, en attendant que les marineros soient prêts pour nous aider à changer de ponton. Ils veulent nous assister à cause du courant qui est plutôt costaud dans le coin.

Demain nous partons pour Salvador de Baiha, nous changeons d’état. Trois-quatre jours & nuits de navigation, a priori peu de vent, mais surement des nuages. On pourra -j’espère- à nouveau se baigner, et retrouver un climat plus tempéré.

Plein de becs les chéris

4 comments

  1. Merci très chers pour tous ces récits. C’est bon d’avoir ainsi de vos nouvelles. Bonne suite de vos aventures brésiliennes.
    Chez-nous un magnifique printemps c’est installé jusqu’à un brutal retour de l’hiver hier, mais ça n’a pas l’air de durer. Sinon tout va bien et Ava fait notre joie. Pas mal de nouveaux clients pour moi, ce qui est bons signe.
    Je vous embrasse.

  2. Oh la la, quand on vous lit, on fait un beau voyage avec vous! Quel dépaysement! J’ai adoré les personnages qui nous regardent à travers les grillages 🙂 merci pour toutes ces images et ces récits, j’ai l’impression d’y être… et d’être un peu avec vous 😉

  3. Bonjour Ici la Dame du Lac, qui en compagnie de l’équipage du Chu-Ic, sommes à St Sulpice.
    Ils suivent avec fidélité et grande attention votre périple au Brésil. Bravo pour les commentaires. Continuez c’est super Bec Bec Bec

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