J’ai oublié de raconter et de décrire les Bahamas, parce qu’en fait on a été en vrai mode « vacances » pendant l’exploration de ce nouveau coin de monde, avec plein de visites à bord. Je vous vois venir … « En mode « vacances » ??? mais … vous faites quoi le reste du temps sur votre bateau ? c’est pas des vacances ?? » B’en … non, demandez au Cap et à la Co-Cap, il y a toujours des trucs à réparer, à régler, à anticiper, à préparer, à faire, on n’est pas à « l’apéro sun-downer » tout au long de la journée, haha !
Donc oui, 6 grosses semaines de Guests à bord pour 2 mois de Bahamas, c’était un rythme inconnu et soutenu.

Les Bahamas, c’est stupéfiant, éblouissant, ça fait mal aux yeux tellement c’est bleu ! J’avais trouvé un joli surnom à la Polynésie : La Turquoisie.
Mais là, c’est fois dix, ou même fois cent ! Bienvenue en TA, en Turquoisie Augmentée … Parce que les eaux se déclinent à l’envi, de la trace évanescente de turquoise sur fond blanc, à peine esquissée, parfois sur un fond de vagues de sable ou sur un fond plat ou sur des veines de courant, à un turquoise fond de piscine digne d’un hôtel 5+ fraichement repeinte. On voit le moindre rocher ou zone d’algues à des kilomètres.

(photos de mer)

La mer est d’une transparence incroyable, selon les endroits on voit tout comme au travers d’une vitre, jusqu’à 8 voire 10 mètres de profondeur ! D’ailleurs, sur les cartes et dans les guides, la qualité des eaux est indiquée par des qualificatifs du genre « gin clear » ou « crystal clear » … on sent que par là-bas, l’heure de l’apéro sonne à tire larigot.

On s’habitue progressivement à naviguer dans très peu d’eau, on apprend une nouvelle gamme, celle de toutes les valeurs de turquoise. Turquoise invisible (50 cm de fond), dilué à 90% (1 mètre d’eau sous la coque), à 50% (on passe peut-être à 3m), c’est particulier quand-même !!
Au début, on navigue « sur les freins », on n’ose pas lâcher toute la puissance des voiles, on ne sait pas si on peut se fier aux cartes, parce qu’on se dit que les bancs de sable ça se déplace, mais finalement on observe qu’ils ne sont pas si mobiles que ça …

Faut dire que le nom de cet archipel de la mer des Caraïbes est un vrai reflet de la réalité, un dérivé de la langue espagnole (oui, les conquérants colonisateurs sont passés par là aussi) : baja mar, soit marée basse. Normal donc qu’on y trouve des eaux peu profondes aux Bahamas.

(photos mer 2)

En visitant quelques-unes des 700 îles qui constituent cet archipel, pures formations de corail, on se demande comment les boucaniers, pirates, colons espagnols, taïnos, loyalistes et autres britanniques (dans le désordre) ont pu vivre, voire simplement survivre, sur ce relief tellement hostile … chaleur écrasante, végétation drue et très proche du sol, eau saumâtre, sol improductif, pas d’abris, des eaux peu profondes (donc peu de gros poissons à manger), la vie devait être rude.

On y est arrivés par les îles du sud-est, après quelques jours de mer plutôt tranquilles depuis la Jamaïque, remontant entre Cuba et Haïti, sans inquiétudes.

Formalités très faciles à Matthew Town, en plus on arrive un dimanche à 11h du mat !
On débarque sous un cagnard monumental, on cherche refuge à l’ombre d’un au-vent ; dans le port, une felouque haïtienne stationne le long d’un mur, plusieurs rangées de pieux pour attacher quelques bateaux, deux âmes qui vivent (et qui bougent sous le soleil) : les deux haïtiens en train de charger des parpaings sur leur barque pour les importer chez eux. Un bahamien passe par là et nous demande ce qu’on fait ici, on lui explique qu’on vient d’arriver, qu’on cherche le bureau du port, le douanier etc… « bouge pas, reste là, je les appelle ! »
5 minutes plus tard, un gros 4×4 arrive, la fenêtre descend, une main en sort, et nous tend des formulaires à compléter … Le gars reste bien au frais dans sa voiture, la clim à fond, pendant qu’on remplit les formulaires sur notre banc. Il repart avec nos docs pour aller les tamponner au bureau et nous enregistrer dans la base de données des Bahamas, et nous rapporte notre précieux sésame pour naviguer en Turquoisie Augmentée. Puis c’est au tour de l’Immigration, qui elle aussi reste dans sa voiture pendant qu’on patiente au soleil. C’est cool, on n’a pas besoin de faire 2 km à pied en tongs dans la poussière sous le grill jaune du ciel qui crame tout … Merci pour votre accueil et merci d’avoir rendu ces formalités aussi faciles !

(photos Matthew Town)

On prend la direction de Georges Town où débarqueront bientôt nos trois vagues successives de famille et d’amis qui viendront nager avec nous dans la piscine.
En les attendant, on profite de visiter quelques îles qui sont au sud et à l’est de Great Exuma, l’une des îles les plus fréquentées des Bahamas ; il faut dire que son collier de perles constitué de petits ilots et de criques plus natures les unes que les autres est assez éblouissant.
Georges Town est le centre névralgique pour le tourisme, et pour nous navigateurs : c’est quasi le seul endroit où on peut remplir nos frigos, et faire le plein de gasoile.

(photos GT)

On part au sud, direction les Ragged Islands. Petit chapelet d’iles désertes, qui offrent peu d’abris par vent d’ouest, donc comme d’hab, on est méga vigilants avec la météo. Pour descendre sur ces îles, on passe par un trou de souris en eau super peu profonde (1m20 ..) et on tombe littéralement dans un océan turquoise à perte de vue !!! pas une once de nuance, tout est éblouissant, presque fluorescent, jusqu’à l’horizon … incroyable !!! on flotte au milieu de rien dans un tout turquoise, du sol au plafond. Jamais vu !

(photos aller aux Ragged)

Après les Ragged, retour à GT pour y accueillir Camille avec qui on a prévu de remonter les Exuma’s islands et explorer l’Exuma Sound. On la baptise avec quelques trente nœuds de vent à peine sortis du lagon, mer pas trop remuante, mais ça pète de tous les côtés et surtout il pleut il vente il pleut vente il pleut il vent, on ne voit rien ! Cirés encapuchonnés, on cherche la passe pour rentrer se mettre à l’abri des vagues dans le lagon suivant, la mer déferle sur les rochers, les dents acérées du récif coralien nous guettent, les courants nous font glisser, on a perdu l’habitude des manœuvres polynésiennes et ça y ressemble très fort … On sert les fesses et hop, ça y’est, on est passés ! l’eau se calme tout de suite, mais pas le vent. On part se mettre à l’abri de ce qu’on découvrira être l’ile privée de Dona Bertarelli (Lady Cat). Parce que oui, aux Bahamas tu peux acheter ton île si tu as un porte-monnaie étoffé.

On se met en recherche de la ressource « protéine marine » principale dans le coin : la conche. Le Lambi. C’est un drôle de truc qui se pêche à la main. C’est un animal qui vit 30 ans en se baladant tranquillement dans le sable, qui se nourrit de déchets animaliers et végétaux en tout genre, qui grandit dans une belle coquille qu’il nacre depuis l’intérieur d’une belle teinte rose orangée … c’est une espèce de gros mollusque qui ressemble à un pied d’escargot bien gluante, qui a un gros ergot pour se tracter sur le sable, dont le pied (muscle et corps) blanc est recouvert d’une gaine noire, qui a un peu du corail comme les coquilles st jacques, mollusque qui -désolés pour la comparaison- ressemble à un sexe féminin (c’est pas du tout un hommage au sexe de la femme), bref un truc un peu zarb et qui titille notre curiosité.

(photos pêche conche)

On met nos gants, on prend palmes masque et tuba et on part à la recherche de « la chose ». Au début on ne les voit pas, parce qu’on ne sait pas les voir. On voit des petits tas d’algues parmi les algues, et puis notre œil s’aiguise, et nous voilà à cueillir les conches sans limite. On les stocke sur le paddle le temps de la pêche, et puis retour au bateau pour choisir celles qui passeront à la casserole. Parce que là aussi soyons clairs, on est plus intéressés à garder un beau coquillage qu’à goûter à ce truc … Moi qui n’ai jamais aimé les bigorneaux ni les bulots, ceux-là sont 100 fois plus gros …

Pour y gouter, il faut d’abord les dessabler (ce qu’on fait en les attachant au cul du bateau où elles passent la nuit en eau libre et claire). Ensuite, Hervé joue du burin et du marteau pour faire un trou dans la coquille en haut du colimaçon, et leur couper le pied. Une fois détaché de sa coquille, l’animal en est extirpé avec un petit crochet puis à pleine main (il résiste, il résiste bien sûr) avant de sortir tout entier (pas toujours) de sa coquille.
Et là, on le débarrasse de sa glu, de sa peau noire, de ses intestins, de ses yeux bizarrement placés, on le met à nu, tout blanc. Et puis on le tape pour l’attendrir et on le met au frais pour l’assaisonner plus tard pour un bon tartare.  En vrai ? c’est pas ouff, mais c’est une expérience à faire, une exploration du monde animal marin, et un beau souvenir dans le bateau !

(photos conches nettoyage)

On découvre pendant quelques jours le plaisir de slalomer dans les chenaux balisés, entre les ilots, dehors dedans dehors et puis hop re dedans, en privilégiant les navs à l’intérieur à l’abri du récif coralien, là où l’eau est plate, encore plus turquoise et calme qu’ailleurs … Quel délice de naviguer dans ces conditions, c’est doux, c’est plaisant, c’est délicat, on se laisse porter par nos envies du moment, de se mettre à l’eau au petit matin pour nager jusqu’à la plage de sable blanc et y dessiner la première empreinte de pied de la journée, de barbotter dans l’eau sans aucune crainte parce qu’on voit tout, de se poser à l’ombre dans le souffle du vent pour un jeu en fin de journée, et de choisir de faire seulement 10 milles le lendemain pour aller voir un peu plus loin ce qui se présente …

(photos plages ?)

Le marnage est faible par ici, proche de 80cm, mais ça compte énormément dans cette région du monde où l’eau est si peu profonde … on est parfois obligés de faire des gros détours en allant du point A au point B.

(photos cartes)

Dans nos zigs et nos zags, nos virolets de gauche et de droite, le tour de certains cailloux et les lifts en annexe, on est allé dire bonjour aux iguanes, aux cochons, on a visité une ou deux grottes, on a vu 4-5 spots de magnifiques jardins de corail avec plein de poissons multicolores, on a vu des requins de près et on les a même touchés, on s’est fait piquer par des nonos qui nous ont bien irrités pendant 5 jours, on a vu des couchers de soleil de toute beauté et des variétés de turquoise en tout genre.

Quelques images des iguanes. On a eu la chance d’arriver seuls sur la plage d’une mini-île, avant les bateaux « à toutou » qui déversent leur chargement d’américains qui viennent se mettre en scène. Bon, ça fait aussi partie de notre tourisme à nous d’observer la faune humaine dans ses comportements 😉
Pour les iguanes, ils sont captifs sur ce bout de rocher, personne vient les enquiquiner, et les touristes leur apportent tout ce qu’il faut pour manger … Les mâles ont une crête et une épine dorsale plus hérissées que les femelles, et même si elles sont un peu plus petites, leur robe a le même coloris que celle des mâles. Il y a quelques ilots sur lesquels les iguanes endémiques ont élu leur colonie, tout au long de la chaîne des Exumas, ils ne nagent pas et sont donc captifs de leur habitat. J’ai pas trop l’impression qu’ils aient des prédateurs, donc je suppose que les humains vérifient que tout se passe bien dans leur joyeuse colonie …

(photos iguanes)

Les cochons eux, alors allez savoir comment ils ont débarqué là aussi … la régulation de leur nombre se fait à coup de méchoui au village d’à côté, à Staniel Cay, haha !
Ils sont « sauvages » mais parfaitement habitués à la présence de l’homme. Il doit y avoir une certaine consanguinité dans la horde, vu le nombre d’animaux handicapés ou malformés. Eux aussi, comme les iguanes et les requins-nourrices du coin répondent « présent » dès qu’ils entendent le moteur d’une annexe se rapprocher de leur crique, et on doit finalement plus protéger les touristes que les cochons, puisqu’ils ont pris l’habitude de croquer dans tout ce qui traine à la surface de l’eau … gare aux doigts !!

(photos cochons)

Pas trop d’images sous-marines, mais de manière globale, la chaîne des Exumas est ensablée de blanc, voire de doré, la vie aquatique y est maigre.  La modeste végétation terrestre ne se transforme pas en nutriments pour la végétation maritime, donc très peu d’algues et de micro-organismes aquatiques, et en absence de nourriture aquatique b’en y’a pas trop de vie (ni faune ni flore) sous l’eau …. Sur les 180 km parcourus du sud au nord de ces nombreuses petites iles, on a trouvé 4-5 jolis spots pour observer une belle vie sous-marine. Parfois le spot s’étalait le long d’une passe, parfois seulement sur une petite place de 100 m2.
Et quel bonheur de voir des coraux en bonne santé !! Leur diversité est incroyable, la nature tellement inventive !!! ils sont vifs de couleurs, ingénieux dans leurs formes les plus variées, dentelles, cerveaux, vases, buissons, amphores, coroles, piquants, fleuris, arbustes, jaune, turquoise, rose, rouge, blanc, brun, violet, pourpre, minuscules, ondulants, des vrais jardins vivants qui regorgent de petits poissons tout aussi variés. Peu de snorkeling, mais de jolies sorties !!

Sinon, on a fait quelques petites balades pour aller visiter deux grottes, l’une souterraine, l’autre façonnée par la mer, la troisième nichée au creux d’une falaise. Dans tous les cas, facilement accessibles. Le marquage de la piste dans les îles se fait souvent à coup de déchets plastiques humains malheureusement … ce qui traine sur la plage est utilisé pour baliser les pierriers et les pistes de sable qui slaloment entre les arbustes. Arbustes qui sont en fait de grands arbres, adaptés au mode de vie locale : peu d’eau, beaucoup de vent, peu de nutriment, donc pousse modérée. Un peu comme en Patajolie. On se balade avec la canopée au niveau de notre tête en général, c’est marrant.

(photos grottes)

Plusieurs allers-retours entre nord et sud pour les différentes rotations d’équipages, on a tenté de découvrir chaque fois de nouveaux endroits, on est retournés là où c’était plus que beau, on a savouré, on s’est régalé !

Peu de sessions de kite, mais quel kiff de remonter sur la planche quand le vent était là !!! en plus, aucune crainte dans cet environnement : peu de fond, si on se plante on peut facilement (normalement) récupérer le matos, et puis surtout on voit tout ce qui se passe sous l’eau !! pas de crainte d’être pourchassés ou surpris par un requin ou un autre truc pas cool, et puis très peu de vagues, fonds hyper clairs et lumière éclatante, vent en général bien établi (quand il souffle), c’est le bonheur absolu pour reprendre nos marques après 3 ans sans possibilités de kiter …

(photos kite)

Ca a été un incroyable plaisir durant ce séjour de se réveiller tous les matins entourés de cette lumière si particulière, baignés dans le turquoise du matin au soir, dans le turquoise et ses infinies déclinaisons .. fascinant. Et pas du tout lassant !!

(photos mer)

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